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Mai Xuân

Tháng Chín 10, 2012

Une visite à l’hôpital Hung Vuong. Carnet de route

J’ai passé une matinée à l’hôpital Hùng Vương et je fais de l’observation participante – comme Renée Fox l’a fait en Belgique dans les années 1960. J’ai appris beaucoup de choses mais auparavant, quelques lignes peutêtre sur la personne qui m’a offert l’occasion d’observations.

Mai Xuân

J’ai connu Mai Xuân par un pur hasard des choses : elle cherchait une bourse de doctorat et voulait entrer en Belgique.

Sa porte d’entrée, je ne la connais pas mais pour m’atteindre, elle est passée par Nguyễn M.T, un vieux camarade qui s’occupait de l’organisation de l’ancienne association des vietnamiens en Belgique.

Si je devais la dépeindre à grands traits : grande fille dynamique, intelligente et mordante : elle sait ce qu’elle veut et alors, elle met toute son énergie pour réussir – avec même parfois, l’énergie du désespoir ou même en dérangeant tout son monde.

J’ai vécu des moments comme elle quand je revenais, au début de mon séjour en Belgique, une quarantaine d’années plus tôt, du Sart Tilman jusqu’à Ans, dans la soirée, en hiver, dans le noir et dans le froid.

J’ai, par la suite, connu une deuxième expérience douloureuse à Paris, fraîchement mariée mais exilée de mon époux, pour un diplôme dont je n’avais jamais eu l’usage …

Un peu comme moi, Mai Xuân a quitté ses enfants, dont le deuxième n’avait que huit mois quand elle devait venir en Belgique pour le premier séjour.

Pour des raisons principalement financières, elle loge au Blanc Gravier et passe ainsi trois à quatre heures en déplacement tous les jours. Elle affronte au quotidien le noir et le froid belges en quittant un pays ensoleillé et où il fait chaud.

Elle n’est pas bien intégrée dans le service, elle passe souvent son temps à attendre “le moment où on veut bien la laisser réaliser des ultrasons et apprendre son métier”.

Et pourtant, à la fin de son premier séjour, elle m’affirme, spontanément, que son séjour a été très positif. Résolument, elle veut regarder le beau côté de la vie en parlant de la gentillesse de P.B., de la chaleur d’A. A., de la collaboration qu’elle a eue avec Mme R. et de tout ce qu’elle a appris au niveau technique.

Revenons aux grandes lignes, Mai Xuân, sa grande qualité, c’est sans doute son dévouement. Mai Xuân retourne ciel et terre durant mon séjour  à Saigon en 2009 – sans elle, je n’aurais pas fait la moitié de ce que j’ai fait (participer à un Congrès de Médecine, assister au cours qu’elle donne en Y4, visiter l’hôpital, faire des achats, rencontrer ses parents, aller au Musée des Beaux -Arts,…) – avec une grande chaleur humaine en plus.

Mais pourquoi être dévoué dans une société où certains sont égoïstes, voleurs, profiteur, et menteurs ?

  1. par altruisme (à cause de l’éducation, de la moralité ?)

  2. en remerciement des services que je lui ai rendus (sans moi, elle n’aurait pas eu sa bourse – je l’ai aidée pour son dossier d’admission à l’ULg ) ?

  3. par manque d’affection et aimer les autres dans l’espoir d’en recevoir en retour ?

C’est très freudien mais ce cas existe.

Cette dernière hypothèse ne me semble pas très valable : Mai Xuân est entourée, ses parents sont exemplaires, son mari est aimant et ses enfants sont affectueux avec elle.

J’ai vu fonctionner cette famille où règne une harmonie tranquille. Sur les photos, on ne peut discerner aucun signe de souffrance mais, au contraire, la beauté et la simplicité du bonheur.

Mai Xuân reste un énigme pour moi :  comment peut-elle combiner tout cela : sa famille, son époux, ses étudiants, ses patients, ses recherches, ses devoirs de citoyen – car elle a aussi une vie civique – et ses obligations de toutes les sortes.

Et tout cela modestement, simplement.

Et je crains pour elle : un jour, elle risque de craquer.

L’éducation peut la “formater” (déterminer) comme elle est maintenant puisqu’une socialisation primaire peut être très prégnante, voire indélébile – ses parents constituent des modèles de moralité impeccable cachés sous une force tranquille (des parents anciens-résistants des deux guerres, des parents qui restent droits dans la vie et dans l’esprit malgré le tourbillon dans lequel ils se trouvent).

Mais comment expliquer que la socialisation secondaire n’ait eu aucune prise sur elle ?

Dans une société de chaos, où le struggle for life est véhiculé par pratiquement tout le monde, où l’argent est roi et l’humanisme oublié, où la corruption devient la norme (la corruption à l’école, dans l’administration, à l’hôpital,…). Combien de médecins, d’enseignants, … restent-ils intègres à Saigon dans un monde d’opportunistes et d’arrivistes ?

Gần bùn mà chẳng hôi tanh mùi bùn (côtoyer le vase sans être contaminé) – cette phrase qu’on utilise pour décrire le lotus et le comparer aux quân tu (gentils hommes) – Est-ce que Mai Xuân est quân tử ?

Et comment expliquer l’adhésion de son mari à sa démarche et le soutien qu’il lui apporte à chaque tournant et dans la quotidienneté ?

Son mari a dû “passer outre” (để ngoài tai) beaucoup de commentaires désobligeants : suivant les normes sociales, les maris ne vivent pas chez leurs beaux-parents, les maris ne doivent pas accepter que l’épouse fasse des études plus élevées et surtout qu’elle parte à l’étranger, … Or, Mai Xuân réunit tous ces “interdits sociaux” – elle part à l’étranger continuer ses études, ses parents “hébergent” le beau-fils,…

Je n’ai jamais accordé de crédit aux horoscopes. Mais il paraît que les Sagittaires sont dynamiques et mordants. Mai Xuân est née le 1er décembre, 1er décan du Sagittaire !

Il me reste à demander à Mai Xuân son signe du zodiaque chinois et vietnamien pour compléter le tableau.

Vivre comme il faut – Sống phải đạo , đạo làm người – les parents de Mai Xuân ont accompliscette vie et ils sont tous les deux, à présent, extrêmement paisibles. C’est peut être là, la voie de Mai Xuân.

Pourtant, je suis presque certaine que les parents de Mai Xuân ont traversé des moments extrêmement douloureux : serrer les dents, c’est ce que beaucoup de Vietnamiens sont capables de faire.

Les parents de Mai Xuân  ont servis les deux révolutions, ils ont dû oublier leur vie privée – ce qui explique, entre autres, l’arrivée tardive de Mai Xuân (ils avaient plus de 40 ans à la naissance de leur fille). Est-ce que Mai Xuân est en train d’oublier la sienne ? Non, au moins, elle fait son doctorat, c’est-à dire penser à son avenir.

Son signe zodiaque oriental est le chat, At Meo. Un chat robuste, un félin pacifique, qui dort bien et qui ne se stresse jamais. Avec une remarque toutefois : le chat est un prédateur tandis que Mai Xuân, sans être une proie, vit dans une société de prédateurs.

Derniers mots

Sociologiquement parlant, pour déterminer le statut de Mai Xuân, je devrais ajouter que ses parents ont été – par le hasard de la vie, au Chiên khu D où Georges Boudarel et mon propre père étaient régimentés – ensuite, son père s’occupait des affaires culturelles depuis 1975. Il consacre sa «vieillesse» à écrire et a publié plusieurs oeuvres. Il m’a d’ailleurs dédicacé «Bà mẹ Hậu giang», ce qui me flatte.

Le statut de son père a expliqué comment ils ont pu connaître Nguyen M.T. pour entrer en contact avec moi.

Ce même statut doit fournir à Mai  Xuân des appuis nécessaires pour «progresser» dans la vie après son doctorat en Belgique.

Le mari de Mai Xuân est aussi médecin, master en cardiologie, discret mais jouant un rôle moral extrêmement important  dans la vie de sa femme.

Du côté académique belge, les membres de son Jury de doctorat ont des avis mitigés.  Mais cela est une autre histoire.

Nguyen Huynh Mai

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