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Người xưa – Etre du temps jadis

Tháng Chín 13, 2012

Nguoi xua – Etre du temps jadis

Ecrire dépend de l’inspiration même si les idées fourmillent dans la tête. Hoàn, un patient que mon époux soigne cette semaine est sans doute l’élément déclenchant de ces lignes .

Se pencher sur soi est un besoin. Ma belle-mère fait sonner son passé et ses sentiments en jouant avec ses mots. D’autres confient au psychiatre leurs heurts et malheurs.

Plus simple encore, répondre aux questions «qui suis-je?» «d’où viens-je ?», «où vais-je ?» est une démarche permanente pour tout être humain. Ma retraite constitue aussi un tournant qui m’invite à regarder vers mes racines …

A la manière des portraits et des auto-portraits des peintres, depuis peu, je débute des fragments, des esquisses.

Nguoi xua en vietnamien est simple. L’oeuvre de Nguyễn Tuân, Vang bóng một thời (Echos du temps passé) fait partie de mes bagages culturels. Un grand père qui ne boit que du thé imprégné du parfum de narcisse, une mère qui ne connaît rien d’autre au monde que les limites de son jardin, une cousine inaccessible, … toute une société de début du XXe siècle mais qui n’existe déjà plus à Saigon dans les années 60, à l’époque où je lisais ce recueil de nouvelles.

Une de mes Nguoi xua peut être Kim Nga, l’amie que j’ai perdue après 1975 avec l’isolement politique au lendemain de la chute de l’ancien régime de Saigon. Je connaît Kim Nga depuis l’entrée en sixième au Lycée  : elle était la fille d’un modeste fonctionnaire du Ministère de l’Education Nationale, elle est devenue par la suite professeur de littérature vietnamienne. Elle était à mon mariage en 1973 à Saigon et ironie du sort, sa dernière lettre était accompagnée des photos du sien qui avait lieu, en Février 1975, juste avant la fin de la guerre du VN. Quinze ans d’amitié et de souvenirs effacés brutalement.  Avec sa dernière adresse, chung cu Nguyên Kim, je cherche depuis trente ans, en vain, ses traces. J’ai perdu une partie de moi-même.

Nguoi xua s’applique aussi à toute image des personnes que j’ai côtoyées durant mes années d’études – Tế qui avait abandonné ses études après le Brevet (1er cycle du secondaire), pour devenir secrétaire d’un avocat, Thúy Hải qui se mariait plus ou moins à la même époque, Sương qui avait décroché une bourse pour les Etats Unis, Phương Diệp que j’ai revue récemment chez Minh à Nivelles, …

Nguoi xua comme Hoàn que mon mari vient de rencontrer. Il me rappelle le journal Tieng goi que huong auquel j’ai collaboré, du haut de mes vingt ans, en continuant mes habitudes d’écriture du temps où j’étais à Saigon.

Nguoi xua comme Phụng que j’ai retrouvée à Dallas, une ancienne de Gia Long aussi. La simplicité de Phụng, sa spontanéité me font revivre tout un volet de ma vie – les années d’écolière sur terre de Saigon, avec la chaleur et la sincérité dans le regard.

Il y a quelques temps, par des hasard de la vie, j’ai rencontré mon ancienne correspondante anversoise, Sonja, après quarante ans de silence, nous parlions toutes les deux de notre passé et et du présent comme des vieilles copines qui ne se sont jamais quittées.

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Joseph est aussi un être du temps jadis, de la promotion de juristes sortis de l’ULg en 1972. Son geste, donner à la galerie Wittert sa collection de peinture vietnamienne, a provoqué la reprise des contacts, non seulement avec moi mais aussi avec Lê, Thành, Gia, Liên, …

Nous nous retrouvons après trente ans, comme dans une version moderne de la légende.

Dans les contes et légendes vietnamiennes, on raconte l’histoire du rêve d’un mortel dans un monde d’immortels, un rêve qui s’étend sur des siècles (l’unité du temps étant plus longue dans le monde céleste) et en se réveillant, le rêveur ne retrouve plus ses points de repère, ses êtres chers. Un vieillard du village se souvient vaguement que son ancêtre avait raconté l’histoire d’un homme qui décédait , sans cause, durant son sommeil et cela remontait très loin.

Je ne rêve pas et mes êtres du temps jadis vivent toujours

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Nguoi xua, c’est aussi moi-même, pour tous ceux que j’ai connus autrefois. Comment puis-je leur dépeindre comme portrait pour qu’ils puissent imaginer comment je suis pour le moment?

La traduction de Nguoi xua en français est longue (être du temps jadis). Elle peut faire penser à l’œuvre de Marcel Proust et pourtant, je n’ai aucune prétention.

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Premier portrait / première histoire : Sonja

En quelle année ai-je commencé à correspondre avec Sonja ? 1960 ou 1961 ?

En tout cas, j’ai un point de repère fiable : ma sœur Thanh Ngọc est née en 1961 et Sonja lui a envoyé deux beaux petits chaussons en tricot, dans une enveloppe, tout naturellement comme une missive.

Sonja est issue d’une famille anversoise, flamande et sans doute comme beaucoup de bourgeois du Nord de la Belgique à l’époque, elle parle français – (Par ailleurs, depuis toujours, mes amis et collègues flamands utilisent la langue de Voltaire avec moi). Tandis qu’à mon côté, écrire en français n’était pas évident : à 13 ans, j’ai dû, chaque fois, demandé de l’aide à mon père.

Nous avons ainsi échangé des lettres pendant six, sept ans – dans le but d’apprendre la langue ? pour partager nos états d’âme ? et sans aucun calcul d’intérêts ?

Dans tous les cas et avec un peu de recul, j’ai quelques peines à imaginer la situation : une jeune fille occidentale, d’un pays colonialiste – la Belgique avait à peine reconnu l’indépendance du Congo à l’époque – et une petite citoyenne d’un des pays le plus pauvres du monde et de surcroît en pleine guerre …

J’ignorais pratiquement tout des inégalités, des classes sociales. La culture et la littérature vietnamiennes ? La petite fille de 13 ans que j’étais, ne connaissait pas grande chose, que dire alors de sa place sur le plan international, dans les relations Nord-Sud, de l’économie et des chocs ou des conflits culturels  ?

Correspondre avec une amie occidentale était pour moi un échappatoire : cela m’apportait une ouverture sur le monde, cela m’aidait à m’évader des sons de canons que j’entendais parfois, à me faire oublier mon sort de « réfugiée » quand nous avons dû nous évacuer (lors de l’offensive du Tet en 1968 par exemple) et surtout cela m’a introduite dans la culture française.

A travers Sonja, j’entrevoyais les manières de vivre en occident, ce qui deviendront, par la suite, mon champ d’étude et de travail !

Est-ce que Sonja véhiculait des sentiments de supériorité vis-à-vis de moi comme n’importe quel homme de la rue de l’Occident à l’égard d’un pays du Sud ? Est-ce que Sonja correspondait avec moi par goût d’exotisme, comme on allait sur les plages à Bali pour admirer les cocotiers en oubliant Borobudur ? et mille autres questions que je ne me suis pas posées, du haut de mes 13 ans…

Très vite pourtant, la compréhension s’installa entre Sonja et moi et j’en garde de très bons souvenirs.

Sonja s’est toujours intéressée aux sciences naturelles. A un moment donnée, elle collectionnait les fleurs séchées et constituait un herbier – en me demandant d’y ajouter les spécimens que je trouvais au VietNam. Je me souviens d’avoir reçu de sa part, comme pendentif, une belle cigale emprisonnée dans un petit bloc de plexiglass. Elle m’envoyait aussi des mouchoirs suisses imprimés de fleurs (mon amour pour des mouchoirs en tissu très fine date de cette époque et j’en utilise toujours).

Et moi, je lui ai envoyé un dragon en médaillon, digne « représentant » de la … civilisation vietnamienne.

Sonja m’envoyait des photos de sa seconde résidence de Mol, de ses voyages à l’étranger (à Londre surtout) à une époque où j’ai connu des rockets qui tombaient juste derrière ma maison, où j’ai joué de la mandoline et ai commencé le Droit avant d’arriver en Belgique, …

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Mais là où les chemins nous séparent ce sont les 40 ans qui vont suivre – des distances beaucoup plus grandes que les 140 kms qui séparent Anvers de Liège.

Dans une de ses dernières lettres, en 1966, Soja me parlait de l’Université d’Anvers qui commence à exister et qu’elle ne devait plus aller à Gand. Puis 40 ans après, j’apprends qu’elle est scientifique à la même Université où elle est formée.

Anvers devient, pour moi, la ville où je viens de participer au dernier congrès de la BASS, où je vais pour revoir les plus beaux tableaux de Rubens et d’art flamand du 15es. Anvers est aussi la ville de notre ami Johan, un spécialiste du sommeil, et homologue de mon époux.

En découvrant l’adresse de Sonja, j’étais heureuse et je lui ai écrit immédiatement. Ma démarche était motivée par la recherche des racines – A 60 ans, et m’apprêtant à prendre ma retraite, j’ai besoin de m’accrocher au monde, surtout à un moment où mes enfants, autonomes, me quittent, tous, non seulement le foyer mais aussi la ville de Liège – je me sens perdue.

J’ai donc attendu sa réponse avec impatience et puis j’hésite. Qu’est- elle devenue et comment allons nous nous entendre maintenant ?

A un moment où survivre n’est plus la préoccupation majeure, je pense à d’autres ingrédients qui peuvent rapprocher, ou éloigner, des êtres humains et j’ai peur maintenant de reprendre une partition laissée inachevée quarante ans plus tôt.

Dans ma vie, j’ai noué des contacts avec des amis. Il y a d’abord des juristes qui sortaient de la même promotion que moi et qui, la plupart du temps, ont mené et mènent des carrières de grands politiciens ou de grands magistrats. Il y a ensuite des sociologues dont certains poursuivent leur idéal social, il y a aussi mes anciens compatriotes qui sont installés un peu partout dans le monde et que je revois avec plaisir tous les deux trois ans, lors des Congrès des vietnamiens vivant à l’étranger.

Il reste à renouer les liens avec Sonja.

Je raconterai à Sonja, en bref, l’histoire du VietNam de ces 45 dernières années, de la fin de la guerre jusqu’au communisme. Je lui parlerai de mes parents, de ma famille, de mes enfants et nous continuons de parler de la culture.

Elle m’apprendra sûrement sur son histoire, de ce qu’elle fait, … et nous nous rencontrerons pour la première fois.

Ces quelques pages ne sont que la transition entre correspondances – du passé – et rencontre – à venir ou de l’avenir – .

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La suite de l’histoire ?

J’ai accueilli Sonja et Mark dans ma maison cachée dans la verdure et nous nous retrouvons, quelques temps après, chez elle à Anvers : aucune barrière (sociale, temprelle ou autres) ne nous sépare. Les deux petites correspondantes de treize ans, se retrouvent, presqu’un demi siècle plus tard, comme deux vieilles amies. Le passé dont on croit perdu connaît ainsi un présent harmonieux.

Nguyen Huynh Mai

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