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Trời ở nơi nào ta ở đây… (traduction)

Tháng Chín 18, 2012

Trời ở nơi nào ta ở đây…

Nguyễn Ngọc Tư

http://www.viet-studies.info/NNTu/NNTu_TroiONoiNao.htm

La ligne d’horizon et moi … (traduction de Nguyen Huynh Mai)

Elle a l’intention d’intenter une action en justice contre l’agent immobilier, l’investisseur du quartier résidentiel où elle vit pour le moment. Elle dit qu’il a menti en avalant sa promesse. Il a promis qu’au milieu du quartier il y aura un parc et qu’un plan détaillé du permis de lotir le prouve, plan qu’elle a bien vu : il y a bien un joli petit espace rond sur lequel il est marqué “jardin public”.

Tout de suite, elle a pensé aux ombrages des arbres, aux oiseaux qui chassent, les vers enfouis dans les écorces, aux sentiers garnis de gravier avec par ci par là des pousses d’herbes, aux balançoires, aux petits bancs en pierre et à quelques espaces libres pour les jeux de volants et de ballons.Tout de suite, elle a pensé à la courbe du ciel.

Et tout de suite, elle a décidé d’acquérir la parcelle près de ce parc – sur plan encore – malgré le prix, plus élevé par rapport aux autres.

Maintenant, à la place de ce minuscule carré a poussé une école … de science politique. On construit un mur d’enceinte avant même la construction des classes en quadrillage. Chaque fois qu’elle voit son enfant qui essaie de courir à l’extérieur de cette haute clôture et de ce gigantesque poste de garde, elle a l’impression que le béton est en train de gronder l’ enfant : “ ne tente surtout pas d’entrer …”

Ce vide, ce bout du ciel qui devrait appartenir aux enfants de ce quartier, un lieu où respirer, où jouer, n’existe plus.

Maintenant, on s’approprie la chose dont les enfants n’ont pas eue encore. Elle dit que l’enfant a été volé, pas vrai ? Pitoyable.

Un soir, l’enfant lui demande c’est quoi l’immensité . Dans le rôle de préceptrice malgré elle, elle balbutie, c’est …

Expliquer le mot immensité est facile, mais l’illustrer, pour que l’enfant puisse l’imaginer est difficile.

Immense, ce n’est pas notre maison, ni la rue, encore moins la cour de son école … En un mot, immense n’existe pas en ville, elle conclue. L’enfant acquiesce, ce n’est pas pour rien que je n’ais jamais connu d’immensité. En réalité, il a rencontré l’immensité une fois, à l’âge de six ans, quand toute la famille allait à la mer. Ce jour là, la couleur des nuages ressemble à celle de la mer et on ne pouvait pas distinguer où se trouve la ligne d’horizon.

Elle a vécu avec l’immensité durant son enfance mais cette immensité, comme les mots suggérant l’impression de légèreté, a depuis longtemps disparue en ville. On y pense seulement le soir, en étudiant avec l’enfant. Pureté, transparence, légèreté, tranquillité, immensité, grande étendue, à perte de vue…

Cette notion évoque une matinée couverte d’une fine voile de brouillard au dessus du verger des théiers, la fumée vagabonde en oblique au ciel quand le feu des brulis au champ est déjà éteint, des épis de graminés à maturité nagent dans la bise…

Seulement la mémoire d’un enfant n’est pas aussi riche. Pour lui, un mot est un terme nu qui n’évoque rien.

Elle cherche, parfois, en entrant dans un restaurant avec l’enfant, une place avec vue, soit près de la fenêtre, soit près de la porte, un endroit à la fois pour éviter la fumée persistante du tabac et profiter un peu du soleil et de l’air de l’extérieur. Alors elle découvre qu’un espace étouffant peut être mortel, tout d’abord mortel pour l’âme en tuant les mots. Ainsi, durant ces moments, elle avait qu’une phrase pour son enfant “mange vite chéri, ça va être tard pour l’école”. Elle s’empresse de quitter cet espace étroit pour tomber dans une autre exéguité.

Tous les jours, devant la page blanche, avec le projet de raconter un récit, elle sent que les mots sont de plus en plus rares, rabottés même…

Ces mots sont tombés lors des embouteillages dans le flots de gens, sans issus.

Ils s’éteignent, bariolés de saleté en plein milieu des poussières et des gaz d’échappement.

Ils s’évaporent dans le bruit des klaxons.

Ils flottent, paresseux sur les rues inondées, gorgées d’eau et de déchets .

Aucun mot doux ne persiste à survivre en ville. Si oui, il risque fort d’être piétiné.

Certains soirs, en détournant l’enfant de la télévision, elle l’invite à traverser le route, s’arrêter juste un moment sous l’ombrage de Hoàng Lang pour humer un peu de parfum de la fleur – fragile et chaleureux – parfum qui se détache des odeurs de viande grillée du petit restaurant de rue -. Le mot “effluve” qu’elle essaie de transmettre à son enfant. Or, le mois suivant, on déracine l’arbre pour faire le trottoir.

Conment décrire rigoureusement quand on n’a plus l’expérience ? C’est une perte.

Mais son enfant, il n’a même pas le sentiment de perte. Il est coincé entre deux écrans, celui de la télévision et celui de l’ordinateur, il est emprisonné dans la minuscule cour ….

Ainsi, un jour il dit vouloir manger son riz avec du poisson séché mais sans qualité. sa télévision était fermée à un moment palpitant de son dessin animé, il proteste en disant “mais maman tu me joues des tours”. Ses mots sont durs, secs et en désordre.

Tous les soirs, il se bat avec son cours de vietnamien, il perd patience avec les mots extrêmement étrangers qu’il n’a jamais eu l’occasion d’utiliser. Il se tracasse de n’avoir pas su que le fleuve est “un chemin où la lune ondulait à la surface comme si elle s’y inscrivait une tracée en or pur”, celui de derrière sa maison ne véhicule que des déchets et des déchets malodorant comme ce n’est pas possible.

Elle gratte jusqu’aux derniers sous d’épargne pour ce déménagement, à cause de cette aire ronde marquée par le mot “jardin public” en espérant que l’enfant aimerait les termes “immensité”, “espace vide”, “voûte du ciel ”, …

Quel malheur, on a même volé ce petit bout de ciel. Elle avait intention d’intenter une action en justice. Pour les enfants de son quartier. Pour ses espoirs piétinés.

La patate, tu attends là (*).

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(*) De l’expression con kiến mà kiện củ khoai, on peut comprendre “La patate, tu attends là. Un jour je t’aurais, même si je ne suis qu’une fourmie contre la grande masse que tu es”.

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