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Tiger Mom et moi …

Tháng Một 11, 2013

Phiên bản tiếng Việt của bài này ở đây :

https://huynhmai.org/2013/11/19/me-ho-va-toi/

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Chua, A. (2011). Battle Hymn of the Tiger Mother. Penguin Press.

Chua, A., L’Hymne de bataille de la mère Tigre, [« Battle Hymn of the Tiger Mother »], trad. de Juliette Bourdin, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Hors série Connaissance », 2011.

J’ai trois enfants dont je suis très fière, comme toutes les mères du monde. Avec une différence peut-être : j’ai toujours pensé avoir respecté mes enfants, leur avoir fourni “l’infrastructure” pour qu’ils puissent grandir et choisir leur vie afin de devenir autonomes.

Autonomes, ils le sont, même à …mes détriments car ils vivent loin de la maison parentale maintenant. Ce qui m’empêche de les voir aussi souvent que l’aurait espéré n’importe quel coeur de mère.

Commençons par le commencement …

Exilée et dotée d’un solide bagage en sociologie et en éducation, j’ai essayé de faire une rupture avec mes cultures d’origine et d’ambiance dans le but de rendre mes enfants “heureux”.

Ils n’ont pas demandé à venir au monde. Avec mon mari, nous avons décidé cela à leur place, nous en sommes donc responsables et nous devons les voir avec notre coeur : deux enseignements que j’ai appris, au moins, avec le Petit Prince de St Exupéry …

Socialement, mes enfants ont réussi: deux d’entre eux sont mariés avec des confrère et condisciple – c’est bien connu en sociologie, l’école et le lieu de travail constituent le premier lieu de rencontres matrimoniales – des mariages homogamiques ! . Deux de mes enfants poursuivent une carrière scientifique (à Londres et à Padoue pour le moment) tandis que celui qui nous a donné deux merveilleux petits-fils, s’est installé dans le secteur pharmaceutique après son PhD…

Mais sont-ils heureux ?

Mon aîné ?

J’avais presque 30 ans quand mon aîné est venu au monde. Pour l’accueillir, j’ai “avalé”, “englouti” beaucoup de livres. J’attends un enfant et j’élève mon enfant de Laurence Pernoud, certes, mais aussi Tout se joue avant 6 ans de Dodson ou Le manuel de Pédiatrie du professeur Geubelle ou encore, tous les livres sur l’intelligence d’Albert Jacquart ou de Michel Schiff.

Toutes les précautions ont été respectées durant ma première grossesse. Non-immunisée pour la toxoplasmose, j’ai fait recuire, durant un Congrès à Ligneuville, toutes les viandes qu’on me servait à table ! Et pour éviter tout risque d’accouchement prématuré, j’ai cumulé mes congés annuels avec les congés prénataux pour me “reposer” pendant le dernier trimestre de la grossesse.

Résultat des courses, mon aîné vient au monde sain et sauf, malgré mon statut de primipare! Césarienne non-programmée, absence d’encadrement domestique au retour de la maternité, obligation de reprendre le travail après 8 semaines …

Il évolue au percentile 90 pour la taille et 50 pour le poids, jusqu’à l’âge de 11 ans. Une courbe de croissance de rêve !

Mon aîné, c’est celui qui déclarait haut et fort que plus tard il construirait des maisons rondes quand, la première fois, à 18 mois, nous l’avons mis dans un coin pour le punir. Car à 18 mois, il avait déjà des structures grammaticales de phrases à 6 mots (au lieu des phrases à 2 mots que n’importe quel tableau de développement psycho-moteur des enfants nous donne).

Et grâce à cette phrase, nous avons pratiquement exclu toutes punitions à la maison et nous avons appliqué le style skinnérien (cfr. B. Skinner, psychologue américain) de renforcement positif pour lui et pour ses cadets.

A trois ans et demi, mon aîné s’imprégnait de notre style de vie. C’est lui qui disait à son institutrice, Mme Fontaine, qu’il devait aller, “exceptionnellement au dîner-tartines car Maman a une réunion avec Monsieur Minon”. C’est lui aussi qui, dans sa chambre, “préparait une communication sur la …cirrhose biliaire primitive”, propos inspirés du travail de son père à ce moment là.

Cela explique sans doute pourquoi, plus tard, il a cherché à suivre les traces de son père, en Médecine puis en Biologie…

(Ah oui encore un détail : à son premier anniversaire, il a choisi le bistouri parmi les objets que nous avons mis devant lui, comme on fait au Viet Nam, à la fête thôi nôi).

Ma fille ?

Les hommes avec les hommes et les femmes avec les femmes” est une des phrases célèbres de ma fille. Toute sa pudeur se résume dans cette phrase comme si l’expression chinoise “nam nữ thụ thụ bất thân” (les hommes et les femmes ne peuvent pas se côtoyer) s’inscrivait dans ses …gènes.

La deuxième caractéristique de ma fille est la diplomatie : “les deux” (quand elle ne voulait pas prendre position) ou “je préfère les sauccisses de chez nous” (quand un plat lui déplaisait). Ma fille ne voulait jamais faire de la peine à son interlocuteur tout en gardant une idée personnelle très sûre par devers elle.

C’est une fille qui invente très tôt des jeux de mots “mauve et vert, c’est mauvais”, Bà Ngoai ne vit pas à “Jupille” mais à “Robille” (“jupe” et “robe”). Et bien sûr, l’anecdote célèbre de quand, du haut de ses six ans, elle demande si “on fait grève aujourd’hui” car si on ne fait pas grève, cela veut dire que les restaurants sont ouverts et alors, mais alors seulement, elle annonçe à l’assemblée : “j’ai faim”.

Tous les jeux qui requièrent de la minutie l’intéressaient, des play mobile jusqu’au légo mais surtout les maisons en papier qu’elle fabriquait avec des étages et des mobiliers minuscules.

J’ignorais à l’époque qu’elle allait devenir médecin et chirurgienne car elle aimait plutôt la politique. Sa chambre était décorée avec un énorme poster de Che Guevara en rouge et noir. Elle lisait, tout et connaissait tout. D’ailleurs, elle était considérée par son petit frère comme une “encyclopédie vivante” (chaque fois que Maman – c’est à dire moi – ne parvenait pas à l’aider pour un devoir, il me disait, “pas grave Maman, je vais voir le dictionnaire vivant, trois portes plus loin”)

Mon cadet ?

Moi, c’est moi”. A sept ans, il l’affirmait et assumait sa position quand je voulais l’aider lors d’un jeu d’échec où il avait devant lui, son frère ou sa soeur qui, eux, avaient 9 ou 6 ans de plus que lui.

Et bien sûr, encadré par un frère qui adorait l’informatique, il commençait à programmer très tôt, des jeux, pour taquiner sa soeur, des histoires de “Martinos et de souris”. Ainsi, l’ordinateur est devenu son compagnon de jeux puis de travail, depuis l’époque où il avait trois ans, … Cela fait un “bail” de 23 ans jusqu’à sa défense de thèse PhD et ce n’est que le commencement !

C’est aussi lui qui disait : “Tu sais maman, Confucius coule dans mes veines et Bourdieu, je l’ai eu au biberon”.

Tu es plus sévère que la Tiger Mom”

Mes enfants disent cela, maintenant, en se basant sur leurs propres parcours: une éducation sportive et musicale en parallèle avec l’école.

Effectivement, je les ai conduits à la piscine. Mon aîné a même fait de la compétition de natation et a été classé 8è de Belgique, pour le style papillon, à un moment (personnellement, je coulerais dans une tasse d’eau car je n’ai jamais appris à nager !). Le cadet pratique aussi du badminton. Ils skient comme tout le monde, en hiver. Excepté moi, évidemment.

Ils jouent, tous les trois, du piano. Avec des niveaux de performance différents mais ils ont été tous à l’Académie de Musique de Chênée et ils sont capables de comprendre et d’exécuter de la musique classique. Ils ont plusieurs fois participé à des concerts de bienfaisance.

Dans ce sens, ils ont eu la même éducation que celle des deux filles de Mme Chua !

Avec peut être une différence: je n’ai pas imposé des interdictions mais mes enfants, en fin de compte, réalisent tous mes rêves, y compris ceux qui portent sur une société plus juste, plus humaine et plus écologique.

Nguyên Huynh Mai

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Addendum:

Ce texte a fait le tour de mes connaissances, des mères comme moi.

Elles m’ont donné des nouvelles de leurs enfants. Ainsi, j’ai appris que parmi eux,  il y a un jeune banquier qui joue dans un orchestre pop quand les portes de sa banque sont fermées ; une cantatrice soprano qui poursuit sa carrière à Cambridge dans un orchestre prestigieux ;  un ingénieur qui   “troque sa règle à calculer”  contre un saxophone ;  une interprète qui, après son Master en interprétariat,  travaille dans un musée et voyage à travers le monde pour expertiser les pièces d’antiquité …

Bravo à tous ces jeunes qui sont … bien dans leurs baskets et bon vent à vous tous !

Addendum 2:

Enfin de compte mon cadet a rencontré une collègue et ils ont mis au monde un beau petit garçon. La petite famille de mon aîné vient de s’émigrer aussi, pour quelques années, aux USA.  De telle sorte que, maintenant, quand mes petits enfants me manquent, je dois prendre l’avion.

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